a

Ma vie au village - 82

La pluie son bruit longtemps sur les palmes tressées ou la tôle des toits, la route si grasse depuis que n'y sommes allés, je néglige le village comme on détourne de soi le souvenir d'un amour passé ; j'aspire plutôt la ville par les yeux, quêtant des ombres l'aumône d'un regard, guettant des visons brèves derrière la vitre de l'auto, flashs de chair contre les murs trop noirs ; pas facile de s'y trouver la nuit dans ce foutoir urbain, de l'extraire de ses propres luisances et celles qu'elle génère, les néons rose et vert, les braseros de feu sanglant qu'on évente entre ses cuisses, l'ivoire jaunie de l’œil avec au centre un puits distendu par la colle, un gouffre qui t'appelle pour qui tu ne peux rien, I can make nothing, je pleure, ces vies que tout périme, une bougie qui seule s'endort au fond de la boutique — encore tu vacilles toi et parfois te dresses à l'effort, tu te shootes au reflet, au bain révélateur, à l'inverse de ce qui paraît — encore la nuit et cet on-dit que certains sont ténèbres, qui vont fiers pourtant laissant l'empreinte de leurs corps sur la paroi de granit, pénètrent les écrans, lumière négative comme les mains trouvées, le contour de ces mains — posées grandes ouvertes sur la pierre — ces mains mises à même la peau, bouche à l'about des sarbacanes, la giclée heurtée du pigment ; marcher, parfois dans un désir pur qu'on te jette à la terre, aller où l'on ne sait pas si quelqu'un, une présence qui respire le même fluide clair, partage ta translucidité, l'élan inexpliqué, cet en-toi qui ne s'ouvre qu'à l'onde familière — la nuit, avec ses yeux



Marguerite Duras  Les mains négatives

Graffitis dans la brousse

Abong-Mbang
au bord de la route 10
3 graffitis 
sur le grand mur de soutènement, à l'endroit où s'arrêtent les voyageurs 

depuis la gargote, je les vois, entre des conseils pour lutter contre le VIH-sida peints dans un rectangle et un défense d'uriner sous peine d'amande (sic)
un homme, le même homme,
couché, sans bras, debout bras étendus,
son visage
des lettres 

Иive rRwS  ИиeMR rs  Иives

une énigme

graffiti 1 homme couché sans bras
graffiti 2 homme debout bras étendus
graffiti 3 visage et buste

glossaire animé

l'oiseau transmue la station du lieu
graffite le ciel bombe le mur du son

gif oiseau









Èlépi ! 9

notes à propos d'un paysage - 4



texte sur le chemin

Aimé Césaire, La femme et le couteau
lecture par Aunryz Tamel



notes à propos d'un paysage (16)


L'énigmatique reine et qui n'a pas vécu, cette inventée du cœur, est le besoin qu'avons d'un ailleurs près des mains, de la peau, image irréfléchie. Le paysage renvoie au double état des choses, la nature de fabrique qui impose brutale le monde dans quoi l'on naît et la nature rêvée, connue de peu, qui nous désincorpore de toute autorité ; il fallut se rendre invisible ― même encore ― pour sortir de la chape, laisser une loque à terre, un chiffon pour trophée à l'empire romain. Pygas fut l'ennemie des dieux et du fascisme antique, nous donnant de passer au milieu des armées, de subvertir les conquêtes. N'étions pas, ou seulement une ombre, celle migrante des forêts.

résurrection de Pygas, dessin
résurrection de Pygas